Propos et Commentaires du Climenole

Spleen

Baudelaire

Quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle
Sur l’esprit gémissant en proie aux longs ennuis,
Et que de l’horizon embrassant tout le cercle
Il nous verse un jour noir plus triste que les nuits ;

Quand la terre est changée en un cachot humide,
Où l’Espérance, comme une chauve-souris,
S’en va battant les murs de son aile timide
Et se cognant la tête à des plafonds pourris ;

Quand la pluie étalant ses immenses traînées
D’une vaste prison imite les barreaux,
Et qu’un peuple muet d’infâmes araignées
Vient tendre ses filets au fond de nos cerveaux,

Des cloches tout à coup sautent avec furie
Et lancent vers le ciel un affreux hurlement,
Ainsi que des esprits errants et sans patrie
Qui se mettent à geindre opiniâtrement.

— Et de longs corbillards, sans tambours ni musique,
Défilent lentement dans mon âme; l’Espoir,
Vaincu, pleure, et l’Angoisse atroce, despotique,
Sur mon crâne incliné plante son drapeau noir.

 

Disait donc Charles Baudelaire dans Spleen et dont on voit ici le Portrait Raté selon Dominique Noguez dans “Comment rater complètement sa vie en onze leçons”, l’un de mes mal-pensants préféré.

C’est un fait qu’en ce moment mon humeur est à son nadir, son zénith n’étant plus un souvenir même très vague! Après une boulimie d’information rien de plus normal n’est-ce pas, sachant ce qu’est l’actualité, d’en ressentir les effets, l’indigestion cérébrale étant au rendez-vous.

Les fanfares des tyrans, les feux d’artifices des imbéciles, la bêtise triomphante de la vile populace , la prospérité hallucinante des enfoirés du spectacle joints aux tracas mesquins de la quotidieneté ont fini par me gâter complètement l’humeur.

J’aurais bien invoqué les dieux pour qu’un déluge, cette fois-ci de merde, emporte l’”humanité” (le troupeau de Yahous, les parasites absolus) mais j’y renonce vu l’inutilité du premier déluge.

Certes, selon RabelaisMieulx est de ris que de larmes escripre” (Gargantua) et selon Montaigne , le rire est préférable car plus méprisant (je ne retouve plus la citation ni la référence exacte dans les Essais [1]), mais le coeur n’y est pas si bien que je préfère pour le moment me taire afin de ne partager avec vous, Gentils Lecteurs, que l’ Euthymie ou la bonne humeur chère à Démocrite d’Abdère.

À bientôt :-\

[1] Mise à jour 30/07/2006

Montaigne, Essais, Livre Premier, chapitre L , De Démocrite et Héraclite

« J’aime mieux la première humeur, non parce qu’il est plus plaisant de rire que de pleurer mais parce qu’elle est plus dédaigneuse …»

Written by Claude LaFrenière

2006/07/25 à 14:05