Propos et Commentaires du Climenole

Quo usque tandem…

Le samedi 20 septembre 2008

Réplique envoyée à la Cyberpresse et jamais publiée. Références en fin de page.

Quo usque tandem abutere, Patricius, patientia nostra?

Le cadeau des barbares

Le cadeau des barbares

Monsieur, vous ajoutez votre voix au chœur de ceux qui, indignés par des coupures budgétaires de $ 45 millions sur un budget total de plus de 3,3 milliards, tiennent depuis quelques temps les propos exaltés des défenseurs auto-proclamés de la culture.

Je constate que votre mépris de ceux qui ne partagent pas votre “devoir d’indignation” professionnel [1] s’accorde bien au “suintage en gang” que vous attribuez à ceux qui ne partagent pas votre point de vue.

Les termes que vous employez à leur égard: heureux tatas du gros bon sens, ivrognes roteurs, vargeurs de ballerines (vomissant sur M. Gratton: Vincent pas Elvis) sans oublier l’épouvantail des “amis de Jésus qui composent une partie de la base conservatrice dans l’Ouest” signalent autant l’émotivité de vos propos que la duplicité de votre morale à deux sous.

“Puis il y a la morale. Avec les conservateurs, on n’en sort jamais.” déplorez-vous.

Avec vous non plus on en sort pas: on y est même jusque là!

Corrigez-moi si je me trompe. N’avez-vous pas aussi écrit que vous vous fichez de la danse moderne, de la sculpture, de la peinture et aussi du théâtre de Wajdi Mouawad?

Mais alors, qu’est-ce qui vous énerve en ce moment? Depuis quand vous souciez-vous des “des ballerines manitobaines, des dramaturges montréalais et des groupes ontariens aux noms subversifs” qui seraient, selon vos propres mots, “punis”?

Voulez-vous nous faire croire que vous êtes, vous et les autres gueulards de l’Union des Artistes du Québec préoccupés par “divers programmes, à Patrimoine Canada et au ministère des Affaires extérieures,destinés à soutenir les arts et la culture”, par le sort d’Avi Lewis (le mari de Naomi Klein), de Gwynne Dyer et du groupe Holy Fuck?

On est loin des ballerines violentées! Mais tout près d’une grosse menterie et je vous cite:

“… il y a que j’habite au Québec. Et, like it or not, notre rapport au Canada, à ses mythes,

à son inconographie, à ses boutons émotifs, est totalement différent de ce qu’il est ailleurs

au pays. Totalement.” [1]

Totalement… Votre souci culturel envers ces gens me semble quelque peu “transcendantal”…

Parlez pour vous et ne nous pensez pas suffisamment incultes pour avaler votre attachement soudain par la culture des gens que vous avez mentionnés.

“Mais pourquoi c’est le derrière des artistes qui sert de tapis à ce débat ?”

Tout ce qui est exagéré est insignifiant ou signe d’autre chose? Non.

Tout ce qui est exagéré est insignifiant PARCE QUE signe d’autre chose. Ceci:

Pour faire flèche de tout bois contre le Parti Conservateur du Canada.

Qu’aviez-vous d’autre sous la main pour susciter un mouvement de rejet envers ce parti et le gouvernement de Stephen Harper?

L’environnement? Peut-être… Un quelconque scandale? Pas cette fois. (Tant pis) Quoi? La CAUSE NATIONALE? (prendre de grands airs en articulant chaque syllabe). Marche pas. Quoi d’autre alors?

Les Artistes et la Culture menacés par des décisions budgétaires de la “droite maladroite”.

Que dis-je? Par des “barbares” qui nous envahissent. Pas moins que ça. Deux dates à retenir: Août 410, la Prise de Rome et Août 2008, les coupures budgétaires de la culture à Ottawa.Après les Wisisgoths d’Alaric, les Albertains d’Harper! Non mais qu’est-ce qu’on rigole.

“À peu près tout, au Canada, économie mixte, reçoit une piasse ou deux de l’État, qu’il soit fédéral,

provincial ou municipal.

Est-ce juste ? Est-ce souhaitable ? Est-ce la meilleure voie ?

Je ne sais pas.”

Ah bon? Vous ne savez pas. Merci de votre franchise. Cela bien entendu ne vous empêche pas d’opiner,et de “tonner contre”( Voir le Dictionnaire des Idées Reçues de Gustave Flaubert) malgré tout.

Vous revenez obsessivement sur l’ “affaire des culottes” ce qui, pour une fois, est fort à propos car vous êtes plutôt pas mal culotté vous-même.(Je m’abstiens ici de la moindre allusion aux culottes à l’envers du bon roi Dagobert car, cultivé comme vous l’êtes, cela vous sera venu à l’esprit spontanément). Je dirais même que vous ne manquez pas d’air pour parler ainsi à travers votre chapeau (en restant dans le ton des métaphores vestimentaires).

Maintenant que vous avez passés les barbares au fil du clavier pourquoi ne pas vous livrer aussi à une activité culturelle complémentaire et non subventionnée joignant aux paroles, les actes? Il ne faut pas seulement prendre la prose du défenseur des petits et de la Culture, il faut aussi en prendre la pose.

Je vous suggère donc de monter sur un baril et de déclamer à haute voix votre chronique d’aujourd’hui dans un “gueuloir” [3] et de vous y époumoner à l’instar de Gustave Flaubert (pour votre information c’est un écrivain. Pas subventionné non plus.)

Pour faire plus cultivé veuillez ne pas oublier les gesticulations requises par la tradition rhétorique occidentale: prendre un air apitoyé en parlant des “petits” ou des “artistes” (les bons) et rouler vos yeux dans leurs orbites en parlant des Pétrolières Albertaines (les méchants) opposant dialectiquement la Culture (le bien) au Pétrole (le mal).

Salutations aux Tartuffes de la Culture.

Claude LaFrenière

Références:

[1] Réf.: Le Lundi 8 Septembre 2008, 13h48

Un 97e soldat canadien est mort en Afghanistan

[2] Réf.: (réponse à un commentaire)

“le privilège du columnist, c’est de gagner sa vie avec son devoir d’indignation. Alors je m’indigne.”

Josée Verner parle !

[3] Gueuloir: n. m. XIXe siècle. Dérivé de gueuler.Fam. La bouche, en tant qu’elle permet la déclamation. Faire passer un texte par le gueuloir, apprécier les qualités et les défauts d’un texte écrit, en le lisant à haute voix, comme faisait Flaubert.

Patrimoine de France

Article concerné: Les barbares applaudissent

Article complémentaire: Culture : à propos des barbares qui applaudissent…

CRÉDITS : Le Cadeau des BarbaresJoséphine Dionisotti

Written by Claude LaFrenière

2008/09/21 à 09:32