…dans le brouillard: matière à réflexion…
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En relisant les Testaments Trahis de Milan Kundera, je suis tombé sur des phrases qui m’apparaissent pertinentes à l’égard de Robert McNamara, décédé récemment, pas seulement pour lui mais aussi pour les jugements portés sur l’histoire et la biographie en général.
« L’homme est celui qui avance dans le brouillard. Mais quand il regarde en arrière pour juger les gens du passé il ne voit aucun brouillard sur leur chemin. De son présent, qui fut leur avenir lointain, leur chemin lui paraît entièrement clair, visible dans toute son étendue. Regardant en arrière, l’homme voit le chemin, il voit les gens qui s’avancent, il voit leurs erreurs, mais le brouillard n’est plus là.»
Milan Kundera, Les Testaments Trahis, Gallimard, essai, 1993, p. 287. ISBN 2-07-039295-3

Voir aussi:
Vietnam war architect Robert McNamara dies at 93
Wikipedia: Robert S. MacNamara
Wikipedia: The Fog of War
Nous savons depuis au moins l’époque d’Aristote et de Thucydides, ou plutôt, nous devrions savoir, que les événements historiques ne sont correctement explicables qu’en tenant compte de trois facteurs:
- la nécessité – contraintes connues empiriquement ou les lois de la nature découvertes par les sciences,
- l’intentionnalité – la liberté et la volonté des hommes,
- le hasard – facteur le plus souvent ignoré, oublié, méprisé et mis de côté…
En négligeant le facteur du hasard inhérent aux événements historiques, nous risquons de tomber dans l’une ou l’autre de ces erreurs: l’histoire comme déterminisme ou l’histoire comme volontarisme, dont un exemple est le débat entre les historiens fonctionnalistes et les intentionnalistes sur le régime nazi et ses crimes… et les formes les plus extrémistes étant un fatalisme historique religieux ou pseudo-scientifique pour la première variante, les diverses thèses et foutaises conspirationnistes pour la seconde.
Mais cela ne concerne pas seulement les historiens car les jugements sur l’actualité eux aussi doivent tenir compte des ces trois facteurs, si bien qu’ils méritent d’être connus et appréciés à leur juste valeur par tous les citoyens.
Je reviendrai sur cette question prochainement…
A+
